| Histoire et caractère : S’il nous contait, Louis, comment il se voit, que dirait-il ? – Quelque chose à chanter peut-être… car je suis, moi, Louis, celui qui chante la vie, une manière de rossignol qui se prendrait pour le Roi-Soleil. Pour les rois, je n’insisterai guère : j’ai eu largement ma dose. Disons que je conçois et que je réalise, et que je réalise toujours un peu moins que je ne conçois. Je suis curieusement plus dynamique qu’actif, plus intuitif que volontaire. Pourvu de l’intuition du poète, de l’intellect du philosophe, de la souplesse du diplomate, j’excelle à illuminer, analyser finement et rigoureusement, et séduire. On dit de moi que la chance m’accompagne, que je maîtrise les émotions les plus vives et que je suis, à l’occasion, une source jaillissante d’esprit ; que j’invente, imagine et suggère des merveilles : je souscris à ce jugement, ayant quelque peu observé tout cela moi-même. En un mot, la poésie m’enlève et le travail m’élève. Il est vrai, devant tant de prodigalités de l’inspiration, que j’ai parfois la tentation et la faiblesse de baisser les bras : les choses sont si fabuleuses à l’état natif, à peine conçues et imaginées – pourquoi se donner la fatigue de les réaliser ? Ma volonté, parfois, s’octroie de ces aises… Bien entendu, brillant en société, habile dans tous les mondes, je ne manque pas de me trouver de bons et ingénieux réalisateurs pour mener à bien quelques-unes de mes plus claires visions. En fait, je suis de plain-pied avec ce qui vit, avec l’instant, et tout est là tout de suite – ou n’est pas. Les morales passent, le mystère reste : sur le plan religieux, je me vois mieux en épicurien mystique qu’en ascète rigide. ... |